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ENRICO V
D’après William Shakespeare Dramaturgie et mise en Scène Pippo Delbono Avec : Pippo Delbono, Gustavo Giacosa, Pepe Robledo Production: Compagnia Pippo Delbono
En collaboration avec l’Université de Parma, se crée Enrico V de Shakespeare. Le spectacle est crée à Cremona, (Teatro Ponchielli), en septembre 1992, avec des personnes ayant participé aux ateliers animés par la compagnie dans la ville.
Henry pousse ses quelques soldats à combattre contre la grande armée française. Les paroles d’incitation au courage et à la révolte, les paroles de rage, de peur et d’amour tirées du texte de Shakespeare se mêlent à l’histoire racontée par des signes silencieux et les mots se dispersent, laissant place aux actions, aux images, à la danse, à la musique. Des phrases isolées deviennent des scènes entières, parfois proches, parfois lointaines du contexte, de l’histoire. Et la France devient un monde manège et de carillons, la guerre une danse de personnes qui s’échappent, se regroupent lentement, se cachent, se cherchent, se repoussent. Ce sont des actions silencieuses qui relatent l’histoire d’Henry, mais aussi d’autres guerres Notes d’intention d’Enrico V
« Le processus de création d’Enrico V a été très long, près de deux ans. Je me suis d’abord attaché à la dramaturgie, jusqu’au moment où j’ai décidé qu’il s’agissait d’une création. J’ai donc travaillé sur l a musicalité du texte, sans me soucier de la trame historique, du développement du récit et surtout pas de la psychologie des personnages. J’ai coupé très largement et j’ai fait un montage comme je le fais pour les autres spectacles, à cette différence près qu’avec henry V on est tenu par le déroulement de l’action. …j’ai réduit l’action à quelques moments clés, j’ai limité la distribution à trois acteurs et au chœur qui a précisément pour fonction de créer des images et j’ai fait toute une recherche sur le mouvement en utilisant la danse comme moyen d’ouvrir le texte, de lui donner un maximum d’expressivité. » « Pippo Delbono, mon théâtre » Actes Sud : 2004
« Enrico V, je l’ai tout de suite imaginé comme un enfant qui crie « je veux la France », comme s’il voulait satisfaire un caprice. En réalité, on comprendra que ce qu’il veut vraiment est de conquérir l’impossible. Conquérir l’impossible est toujours fortement vital, c’est un acte de foi. Ainsi, cette guerre devient une autre guerre, devient la guerre que cet homme conduit à soi même, en soi même. La conquête de la France, débutée comme un jeu, contraint ce Roi à devenir un guerrier qui cherche en soi un pouvoir profond et total, qui lui permettra d’être libre. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai commencé à faire l’acteur et encore plus quand j’allais mal.
« J’ai lu Enrico V comme un texte sur le courage. A ce moment de ma vie, j’avais beaucoup besoin de courage. Enrico V se sent fatigué de lutter. Shakespeare donne ainsi la dimension humaine du roi. Il n’est pas un super homme, c’est un homme avec ses faiblesses, ses peurs.
Aussi, le vrai thème d’Enrico V est vaincre l’impossible. Avec une faible armée, il gagne sur une puissance militaire, mais il y parvient seulement parce qu’il réussit à sortir de soi un grand courage.
Le texte, dans Enrico V est important mais n’est pas tout. La poésie me donne la possibilité de ne pas définir, de créer un vide dans la signification de ce que dit la scène, et ainsi, je permets au spectateur de combler le vide avec son expérience.
Il y a une scène dans Enrico V dans laquelle Pepe arrive avec une capote militaire et sur une seule jambe et dit : « La bataille, nous l’avons gagnée ». Cette phrase, qui dans le texte, passait pour quasi inexistante est pour moi très importante. J’ai senti le besoin de laisser un long moment de vide dans lequel on peut, avec cette image, entendre, réfléchir sur ce qui signifie gagner une bataille.
Il y a une phrase dont je me souviens, écrite par Nichiren Daischorin, Buddha japonais de 1200. « Nous, communs mortels, nous ne pouvons voir nos cils qui sont près, ni le ciel qui est loin ». Je crois que j’ai tenté de lire Enrico V de cette façon ». Conversation avec Pippo Delbono : Alessandra Rossi Ghiglione in « Il teatro di Pippo Delbono » Ubulibri
Enrico V est le seul spectacle de Pippo Delbono dont le point de départ est un texte de théâtre. C’est aussi une expérience particulière pour la Compagnie Pippo Delbono. Le spectacle est crée, de nouveau, à chaque fois dans la ville où il est joué, avec un groupe de personnes dans le rôle du chœur.
REVUE DE PRESSE
« Magnifique Pippo Delbono, sur scène, riant et décidé, une conscience entre le rire et les larmes, grotesque et mélancolique… Ainsi, Pippo Delbono, qui construit cet extraordinaire spectacle dans le temps réussit en un peu plus d’une heure, une synthèse serrée de l’œuvre shakespearienne, à montrer les contradictions du prince » . Splendide conclusion du Festival : Valeria Ottlenghi: La Gazzetta di Parma : 9 juillet 2003
« Delbono augmente le message en réduisant le play original à sa double et intime essence. D’un côté, il y a l’exaltation vitale de la force et de l’audace, de l’autre, le processus d’auto construction que tous ceux qui veulent faire quelque chose de grand doivent exercer sur eux-mêmes. Delbono apporte une audacieuse et radicale réduction des moyens d’expression. Le résultat est un spectacle d’un peu plus d’une heure, d’une puissance visuelle et une étonnante imagination. Une danse cruelle, à moitié music hall et arts martiaux. Les montagnes de cadavres ont la beauté des peintures du Quattrocento. Ici, Henri n’est plus l’anti Hamlet, pour devenir un chevalier de l’impossible, comme Delbono, attiré par ceux qui savent lutter sans compter les ennemis, amis aussi par les perdants trop purs de notre monde ». Delbono, roi énergumène et vulnérable : Oliviero Marchesi : Libertà : 9 juillet 2003 |